L'impatience des lutins

Éric Le Bel


Au mois d'août dernier, lors d'une sortie en forêt, le bruit d'un ruisseau coulant au bas d'un ravin me fit dévier du sentier. Arrivé tout en bas, sur mon fond de culotte, mon oeil fut immédiatement attiré par une clairière envahie de fleurs orangées d'impatientes du cap (Impatiens capensis). Le sol de cette éclaircie était recouvert de galets arrondis, me laissant à penser que je me trouvais, fort probablement, dans un méandre asséché du cours d'eau. Les impatientes étaient si grandes que j'avais de la peine à voir au dessus de leur cime. Je pouvais admirer à ma guise la mécanique ingénieuse de cette fleur complexe qui, au moindre contact, peut catapulter ses graines à grande distance. J'avais déjà l'oeil dans ma caméra lorsque j'entendis des bourdonnements suivis de pépiements aigus. Je me trouvais au beau milieu d'une immense mangeoire à colibris! Ils étaient là, en nombre, bruyants et chamailleurs, tous affairés à butiner les fleurs d'impatientes. Trop attiré par la beauté des fleurs, je n'avais pas remarqué ces minuscules silhouettes cachées dans l'ombre comme des petits farfadets dans la forêt. Une vingtaine de colibris perchés en bordure de la clairière attendaient un moment tranquille pour plonger vers les fleurs sans se faire darder par les plus dominants. Sans le savoir, je venais d'entrer dans un univers parallèle, normalement invisible, et ce spectacle presque surnaturel allait graver ma mémoire à jamais.



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